La réforme des rythmes scolaires n’aura pas lieu

J’ai lu un billet intéressant d’une participante à la réunion d’information et de dialogue sur les rythmes éducatifs au cours de laquelle Delanöé a été chahuté et a déclaré :

Ou vous m’aurez convaincu de ne rien faire, et je proposerai pas la réforme pour septembre 2013; ou je penserai que malgré les oppositions, les blocages, on peut faire une réforme qui soit un progrès pour tous (…). Si je sens que je peux le faire je le ferai

C’est bientôt les municipales non ?

Au delà de la basse cuisine politique qui anime manifestement le maire de Paris plus que le progrès de qui que ce soit d’autre qu’Anne Hidalgo, ça me fait un peu mal aux fesses de donner raison aux syndicats d’enseignants, mais pour une fois…

D’abord reprenons le fil « logique » de cette réforme.

Le symptôme : nos résultats PISA sont nuls à chier partout, surtout aux vues de ce qu’on dépense pour l’éducation nationale de nos mômes par un petit million de fonctionnaires.

Le diagnostic qui sous-tend la réforme dite « une réforme à la con de plus » : on est mauvais parce que nos enfants ont moins de jours d’école que chez nos voisins de l’OCDE. 144 jours chez nous contre 187 jours chez les autres en moyenne. On leur collerait par conséquent des journées plus longues, pour compenser. Résultat : patatra, les rythmes biologiques ne sont pas respectés, les enfants ne peuvent pas bien apprendre, et ils font tout faux aux tests PISA, et ils sont exclus du système scolaire…
Même si c’est une erreur de diagnostic grossière, il faudrait quand même remédier à ce vrai problème. La solution est évidente avec un poil de bon sens et une solide paire de couilles sacré dose de courage politique : réduisons les vacances (d’été mais pas que) ça résoudra le problème et ça arrangera à peu près tout le monde. Sauf les enseignants, évidemment, ce qui explique qu’on ne l’envisage même pas et qu’on préfère remettre dans la semaine une demi journée supprimée par la droite, réforme à laquelle les enseignants étaient déjà opposés, mais moins, puisqu’une journée de boulot en moins pour l’instit’, après tout, ça ne devait pas être si mauvais que ça pour les enfants.

Le bon diagnostic : avant de faire semblant de « réformer » les rythmes scolaires, ce dont on mesurera au mieux dans une dizaine d’années que ça n’aura eu aucun effet, la logique élémentaire veut qu’on se pose la question de ce qu’on enseigne et comment on l’enseigne.
L’école primaire n’a pas besoin d’un aménagement de ses horaires hebdomadaires, elle a besoin de faire table rase.
Quand verra-t-on un enseignement des langues vivantes décent en primaire ? Un cours d’anglais par un prof d’anglais, pas par un instit, même de bonne volonté, mais qui parle l’anglais comme un vache espagnole. Mon fils va quitter l’école primaire en ayant appris à dire son nom dans un anglais approximatif au bout de quatre ans d’une pratique aléatoire laissée à la discrétion de chaque instit’. Quand verra-t-on un enseignement de la musique décent ? Et avec des vrais instruments. Il faut interdire la flûte à bec dans les écoles, ça fait trop de dégâts, que dis-je supprimons les mots « flûte à bec » de la constitution.
Et les sciences ? Et les nouvelles technologies ? Et l’histoire ? Et l’art ? Et le sport ? Et le tout assuré par plusieurs enseignants pour une classe au lieu de l’absurde instit’ à tout faire, ce qui au passage rendrait la gestion des absences des enseignants bien moins problématiques, faciliterait la gestion des classes difficiles, et rendrait moins stressant l’exercice du métier d’enseignant en primaire.

Bref, puisqu’aucun gouvernement de droite ne peut raisonnablement engager une réforme profonde de l’éducation nationale, qu’au moins ce gouvernement qui produit des dégâts considérables par ailleurs serve à quelque chose en mettant en oeuvre une réforme courageuse de l’école, plutôt que de coller une dose d’amphétamine à ce poulet sans tête pour le faire courir un peu plus longtemps en recrutant 60.000 fonctionnaires supplémentaires dont nos finances se passeraient volontiers.

La prochaine fois, je vous dirai ce que je pense de la  « liberté pédagogique de l’enseignant ».

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