D’une investiture à l’autre, du coq à l’âne ?

Le candidat entrant est désormais notre Président à tous, le Président de tous les français. Pas seulement celui des électeurs de gauche, non, celui aussi des français qui n’ont pas voté pour lui.
A ce titre, son discours d’investiture, à défaut de m’entousiasmer, aurait pu me rassurer sur la prise en considération de ces français là, dont je fais partie faut-il le préciser. Et bien je ne le suis pas, du tout.

Souvenez-vous avec moi du discours de Sarkozy. Il témoigne une volonté de rassemblement évidente, au moins de façade.

Je veux dire ma conviction qu’au service de la France il n’y a pas de camp.

La victoire, sa victoire électorale, est évoquée dans des termes apaisés et sans équivoque :

Le 6 mai il n’y a eu qu’une seule victoire (…) Le 6 mai il n’y a eu qu’un seul vainqueur, le peuple français

Cherchez quelque chose d’approchant dans le discours de François Hollande. Vous ne trouverez pas.

Tout ce que vous trouverez sont des appels incantatoires au « vivre ensemble malgré nos différences ».

Tout ce que vous trouverez est une critique, en creux, du quinquennat de Sarkozy. Jugez plutôt :

« Je fixerai les priorités mais je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous ». Pendant la campagne, on a souvent entendu « chef de tout et responsable de rien ».

« La justice disposera de toutes les garanties de son indépendance ». Lors du débat entre les deux tours, vous vous souvenez de la passe d’arme au sujet des nominations de magistrats.

« Le pouvoir d’Etat sera exercé avec dignité mais simplicité. Avec une grande ambition pour le pays. Et une scrupuleuse sobriété dans les comportements« . Le sous-entendu est tellement énorme.

Et le reste est à l’avenant.

Vous allez peut-être penser que je saute du coq à l’âne (oh vous aviez peut-être mal interprété le titre du billet) mais tout cela me semble traduire une posture électorale tout à fait inappropriée pour le chef de l’Etat.

Le discours de Sarkozy était celui d’un Président élu avec une majorité confortable, et avec une dynamique électorale favorable, confiant dans le fait que les législatives lui donneraient une majorité pour gouverner.

Le discours de Hollande est celui d’un candidat élu avec une majorité courte, qui cultive soigneusement l’antisarkozysme, le terreau sur lequel il vient d’être élu par défaut, en vue des prochaines législatives.

Cherchons un dernier signe d’apaisement. Voici comment en 2007 Nicolas Sarkozy, au début de son discours, évoque ceux qui l’ont précédé :

Je pense à tous les présidents de la Ve République qui m’ont précédé. Je pense au général De Gaulle qui sauva deux fois la République, qui rendit à la France sa souveraineté et à l’Etat sa dignité et son autorité. Je pense à Georges Pompidou et à Valéry Giscard d’Estaing qui, chacun à leur manière, firent tant pour que la France entrât de plain-pied dans la modernité. Je pense à François Mitterrand, qui sut préserver les institutions et incarner l’alternance politique à un moment où elle devenait nécessaire pour que la République soit à tous les Français. Je pense à Jacques Chirac, qui pendant douze ans a oeuvré pour la paix et fait rayonner dans le monde les valeurs universelles de la France. Je pense au rôle qui a été le sien pour faire prendre conscience à tous les hommes de l’imminence du désastre écologique et de la responsabilité de chacun d’entre eux envers les générations à venir.

Ca s’appelle un hommage, y compris à l’endroit de François Mitterand.

Voyons maintenant comment François Hollande fait l’exercice, en conclusion de son discours :

En cet instant où je suis chargé de présider aux destinées de notre pays et de le représenter dans le monde, je salue mes prédécesseurs, tous ceux qui avant moi ont eu la responsabilité de conduire la République, Charles de Gaulle qui mit son prestige au service de la grandeur et de la souveraineté de la France, Georges Pompidou qui fit de l’impératif industriel un enjeu national, Valéry Giscard d’ Estaing qui relança la modernisation de la société, François Mitterrand qui fit tant avancer les libertés et le progrès social, Jacques Chirac qui marqua son attachement aux valeurs de la République ; Nicolas Sarkozy à qui j’adresse mes vœux pour la nouvelle vie qui s’ouvre devant lui.

Chirac ? La paix, l’Irak, toussa. Non. Tout au plus un bon républicain.

Sarkozy ? Qu’il dégage, bon débarras, et avec lui toute trace de sa majorité et de son quinquennat.

D’ailleurs, depuis hier, sur le site de l’Elysée, les actualités commencent le 15 Mai 2012.

Publicités

Ne soyez pas timides

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s